Le vote des lois de décentralisation en 1982 est encore trop généralement perçu comme une rupture majeure, pour ne pas dire définitive, dans le rapport complexe que l’État entretient avec les élus locaux depuis plus d’un siècle. En réalité, un courant historiographique déjà ancien a montré que la lecture jacobine des relations entre État et pouvoirs locaux devait être révisée1. De ce point de vue, la période qui s’étale de la fin de la seconde guerre mondiale à la victoire de François Mitterrand en mai 1981 est déterminante pour saisir la recomposition des positionnements des élus locaux à l’égard de l’administration territoriale de l’État et de la capacité de ce dernier à se réformer afin d’agir au mieux de l’intérêt général. Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, la reconstruction de la France s’ouvre en effet sur des perspectives de modernisation de l’appareil d’État. Ce qui va nécessairement déboucher sur de nouveaux modes de relations avec les élus locaux. S’ouvre alors un champ de réflexion et d’action qui ne cessera de se développer tout au long des IVe et Ve Républiques. À cet égard, l’analyse de l’évolution des rapports entre élus locaux et administration territoriale de l’État au XXe siècle doit nécessairement s’envisager sur la longue durée. Si la mise en œuvre de la réforme de l’État se confond quelque peu avec la mise en place de la nouvelle République en 1958, il est certain que le mouvement s’inscrit dans une perspective plus longue qui remonte effectivement aux premières années qui ont suivi la Libération. De la même manière, les lois de décentralisation qui sont votées en 1982 par la nouvelle majorité politique qui gouverne le pays, ne peuvent se comprendre sans prendre en compte les velléités réformatrices de l’État lui-même lors de la décennie précédente. Ce dernier souhaite expérimenter de nouveaux modes de gouvernance locale, en particulier en confiant aux élus locaux de nouvelles responsabilités, notamment à l’échelon régional. C’est ainsi qu’en 1972, seront créés les Établissements publics régionaux. Ainsi donc, la période 1945-1975 a été décisive concernant l’affirmation sans cesse croissante de l’implication des élus locaux dans l’administration territoriale de l’État.