Ni "privation" ni panacée - Du bon usage du Partenariat public-privé

C’est un vent mauvais, d’humeur et d’inquiétude, qui souffle depuis cet été dans les collectivités locales, après que le Premier ministre ait confirmé l’intention du gouvernement de limiter dès l’année prochaine au rythme de l’inflation les dotations de l’État aux collectivités. Exit, sans autre forme de concertation, le « pacte » de stabilité et de croissance ! On ne peut contester la nécessité d’une maîtrise accrue des dépenses publiques dans le contexte de déficit et d’endettement massif que connaît notre pays, et les collectivités locales ne sauraient évidemment être exemp- tées d’un véritable effort national justement réparti. Mais comme toujours, dans notre pays, il y a la manière, et les « pensées de derrière la tête » ! Les choix du gouvernement seraient moins suspects de partialité s’ils ne constituaient pas au premier chef pour les régions (presque toutes de gauche) un véritable « étranglement financier » (ARF). De même, on peut regretter que le ministre du Budget ait cru devoir pointer du doigt, à l’AssembléeNationale,les«palais régionaux»etles«budgetsde communication » des collectivités locales pour souligner que des marges d’économies existent. Mais pas un mot, dans ce mauvais procès, des transferts massifs de charges évolutives de l’État aux collectivités — ni aucune reconnaissance du rôle essentiel qu’elles jouent, à travers leurs investissements et leurs politiques, dans le développement écono- mique et la dynamisation des territoires. Si bien que l’argument (?) du ministre en dit long sur un certain état d’esprit ambiant à l’égard des pouvoirs locaux et régionaux. Bref, tout indique que l’État, en dépit de ses dénégations, a bel et bien succombé — sans grand état d’âme — à la tentation de faire des collectivités locales la « variable d’ajustement » de son budget, comme l’a souligné Jean-Pierre Balligand lors du débat d’orientation budgétaire. Cette “politique du garrot”, qui n’est sans doute pas exempte d’idéologie, ne constitue pas pour autant une politique
de décentralisation. Faute de vision et d’un projet réellement ambitieux en la matière (le ravaudage du slogan mangé aux mites de la « clarification des compétences » ne saurait en tenir lieu), il n’est pas sûr non plus qu’elle soit très efficace. Elle comporte aussi un inconvénient majeur : celui d’affaiblir dangereusement les contre-pouvoirs territoriaux au moment où la République se présidentialise. Un beau sujet de réflexion pour la Commission Balladur...