« Si l’Etat central ne change pas, écrivait naguère Michel Crozier, la décentralisation perd l’essentiel de sa vertu. » Or, l’Etat n’a pas réellement « changé » depuis les lois Defferre — prisonnier du moule constitutionnel de la Ve République, de sa propre inflation, mais aussi de cette logique jacobine résiduelle unitariste, uniformisatrice et conservatrice, à droite comme à gauche, dont on a vu encore récemment certains tenants broncher comme des diables qui auraient reçu de l’eau bénite... La décentralisation réforme de l’Etat ? Comment y croire encore ? Peut-être parce que c’est moins aujourd’hui la (mauvaise) conscience de n’avoir délégué aux collectivités que des responsabilités de gestion (et souvent des charges évolutives...) sans véritable autonomie, que le spectre de sa propre impuissance, qui motive désormais l’Etat. Mais si l’intention affichée est là, si elle est ambitieuse et vise le « bon » niveau de réforme —celui de la loi fondamentale —, les avancées envisagées seront-elles suffisantes, tant pour porter la décentralisation à son seuil de maturité que pour initier une réforme de l’Etat digne de ce nom ? Celui-ci va-t-il opérer sa mue ou se défausser en encadrant et en contrôlant plus ou moins étroitement un meccano territorial toujours aussi complexe ? Bref, si la modernisation des services publics est en marche depuis l’impulsion donnée par Michel Rocard (aujourd’hui avec la LOLF), la réforme de l’Etat — qui suppose une vision politique profondément renouvelée du « centre » et de la « périphérie » — pourrait bien se faire encore un peu attendre...