Pour un vrai sénat des territoires

Après les nuits d’émeutes qui ont enflammé la banlieue parisienne et les « quartiers sensibles » des grandes villes, la question de l’avenir de ces zones urbaines demeure entière. Si les partis politiques, les élus et les professionnels ont accueilli avec un scepticisme discret le plan gouvernemental, c’est, certes, parce que la gravité de la situation exigeait de ne pas ajouter à la confusion. Mais c’est aussi parce que l’échec de 25 ans de « politique de la ville » est largement partagé entre la gauche et la droite — et que les solutions à un certain nombre de problèmes semblent de plus en plus improbables... Nous aurons aussi payé cher le caractère erratique des politiques menées au gré des alternances — suppression de la police de proximitée ou des crédits aux associations, aujourd’hui rétablis dans l’urgence... —, la lenteur des réalisations, qu’il s’agisse de rénovation ou de mixité urbaine, mais aussi certains égoïsmes communaux en matière de logement social. Enfin, et sans doute plus profondément, nous assistons bel et bien à la mise en échec du « modèle français d’intégration », dans un contexte de mondialisation, de crise de l’emploi et d’aggravation de toutes les formes de précarité. Dès lors, la création annoncée de « préfets délégués à l’égalité des chances » et d’une « agence de la cohésion sociale », a de quoi laisser perplexe. Le gouvernement, dont on connaît la faible culture décentralisatrice, serait pourtant bien inspiré de se fier à l’expérience des élus locaux. Et pourquoi pas une Conférence Etat-collectivités locales, à l’instar des « conférences des gouverneurs » qui existent dans d’autres pays — pour concevoir et financer ensemble les politiques et les réponses multiformes à la hauteur des enjeux... ?