Religions et territoires - Quelle gestion locale des cultes?

Il est intéressant d’observer que dans la déplorable “affaire” du CPE, le sentiment a fini par se faire jour que cette réforme ne méritait peut-être pas l’incroyable dramatisation dont elle a fait l’objet — de part et d’autre. C’est « le génie français » a cru pouvoir affirmer le président de la République. Piètre génie qui ignorerait l’art de la négociation et ne saurait vivre la politique que sur le mode tragique et convulsif du « tout ou rien ». Certes, il faut toujours faire la part, en France, du vieil atavisme gaulois de la « rogne » et de la « grogne », de l’esprit de division et de clivage — comme, aussi, celle des intérêts particuliers, qu’ils soient politiques ou syndicaux. Mais il y a quelque chose d’autre dans ce “génie” de l’affrontement bord à bord, de la surenchère orgueilleuse, du bras de fer et de la volonté de faire plier l’autre. Relisons Michel Crozier et son analyse, si actuelle, de la Société bloquée : ce “quelque chose” a bel et bien à voir — aussi ! — avec la culture jacobine et son mode, exclusivement vertical et descendant, de résolution des problèmes. Nous sommes les héritiers d’un système dans lequel l’Etat et le législateur national sont seuls investis d’une légitimité absolue. Dans un tel système, la culture du débat public, de la recherche du compromis, de la négociation, de l’expérimentation, est pratiquement inexistante — parce que cette culture-là ne va de pair qu’avec une “vraie” décentralisation, l’existence de corps intermédiaires, de gouvernements régionaux, de scènes politiques locales. A la mystique de l’Etat, on ne peut opposer que la rhétorique de la « démonstration de force ». Mais qui ne voit que, désormais, notre démocratie politique et notre démocratie sociale s’y épuisent dans un face à face stérile où prolifèrent incompréhensions, faux-semblants et illusions ?...