L’observation des « régions qui gagnent » montre, partout, le rôle déterminant que joue, dans le « jeu » concurrentiel de la mondialisation, la capacité à exprimer une identité régionale. Parce qu’il s’agit pour les territoires de ne pas disparaître, de ne pas se fondre dans le moule uniformisant de l’économie-monde, les régions qui tirent le mieux leur épingle du jeu sont celles qui ont la plus forte personnalité — qui ne se contentent pas de subir les tendances mondiales et deviennent des foyers d’innovation. Dans ces régions, ce sont toujours des dynamiques « sociétales » qui sont à l’œuvre et constituent les composantes les plus fertiles de “l’attractivité”. Or, l’identité et l’innovation sociale vont toujours de pair avec une certaine qualité de la gouvernance qui trouve sa meilleure expression territoriale à l’échelle de la région — parce que c’est là seulement que peuvent s’opérer les coordinations pertinentes, la mise en cohérence des initiatives locales dispersées, les articulations productives entre politiques publiques (notamment en matière d’éducation, de formation professionnelle, de recherche...) et initiatives privées, composants essentiels de la « compétitivité » ; parce que c’est à l’échelle régionale, enfin, que peuvent s’élaborer les stratégies durables et les programmes à long terme. Encore faut-il, pour cela, que la région soit reconnue et investie d’une réelle capacité politique ! De ce point de vue, on mesure le chemin qui reste à parcourir en France — et les ratés de ce qu’il est convenu d’appeler “l’Acte II”, s’ils peuvent être lus comme la résistance (ultime ?) des anciennes structures de l’Etat unitaire, indiquent bien la direction à suivre : celle, pour le moins, d’une inflexion régionale de la décentralisation française...