La "compétitivité des territoires" - Vertus et limites d'une politique

Partout en France, les territoires se battent pour attirer des entreprises, développer leur « attractivité », soutenir des activités, défendre l’emploi local. Enjeu majeur dans un monde ouvert, de plus en plus concurrentiel. Mais l’État fait-il les bons choix et joue-t-il réellement le jeu du développement local ? Le dossier de ce numéro explore — sans concession, mais sans parti pris —, les points forts et les limites de la politique de « compétitivité des territoires ». Non sans soulever quelques questions dérangeantes... Les “clusters à la française” ont-ils des vertus opératoires aussi remarquables que certains l’affirment ? Pourquoi nos grandes métropoles ne semblent-elles avoir le vent en poupe que sur le papier ? Comment se fait-il que « quand les économistes nous expliquent que le capital tend désormais à se concentrer dans les régions urbaines les plus productives, les démographes nous montrent que la main-d’œuvre se met à faire l’inverse » (L. Davezies & Ph. Estèbe) ? Mais aussi : les tissus régionaux auront-ils la capacité à faire émerger en nombre des projets à la hauteur des ambitions de la “stratégie de Lisbonne” ? Nonobstant ses « vertus », la politique des pôles de compétitivité, souligne ici Christian Blanc, présente un « défaut majeur » : « Pilotée depuis Paris, elle n’est pas accompagnée des réformes structurelles qui permettraient d’obtenir les résultats espérés » — en particulier « le transfert aux régions des compétences de l’Etat en matière de développement économique ». Dans la même logique, l’ARF vient de redemander la possibilité pour les Conseils régionaux de bénéficier d’un transfert de l’autorité de programmation et de gestion des fonds structurels « dans les mêmes conditions que celles octroyées à l’Alsace en septembre 2002. » Mais pour que l’État change, désormais, ne faut-il pas changer d’État ?