Les propositions qui ont été avancées par les différents candidats (pas tous !) au cours de la campagne des élections présidentielles (de la « fusion » des départements et des régions proposée par François Bayrou au « modèle régional » que souhaite voir émerger Ségolène Royal) ne signifient sans doute pas que le “grand soir” est pour demain — sauf changements constitutionnels et politiques majeurs. Elles auront eu au moins le mérite d’entretenir le débat — et de souligner tout à la fois l’ampleur des défis auxquels la décentralisation française est confrontée et la difficulté qu’il y aura, désormais, à faire avancer des réformes locales ambitieuses dans un cadre consensuel. La classe politique nationale, si liée aux “intérêts territoriaux catégoriels” saura-t-elle, demain, s’en abstraire et faire preuve de courage politique ? Il est probable qu’on trouvera dans la nouvelle majorité autant de « jacobins » et de « girondins » qu’hier — sans parler des “réalistes” ou des blasés, convaincus que telle ou telle réforme serait nécessaire mais qu’elle est impossible, ou des cyniques, essentiellement partisans... de la collectivité qu’ils président. Ce qui peut changer la donne, c’est moins l’émergence d’une hypothétique vertu, que l’évidence qui s’impose : notre système territorial est à bout de souffle ; s’il n’a pas démérité, il coûte aujourd’hui trop cher et peine à apporter la preuve de son efficacité. Les politiques le savent ; les Français ont commencé à le comprendre. Voilà donc, peut-être, le vrai moteur d’une nouvelle décentralisation encore en gestation : l’air du temps ; l’exigence accrue des citoyens ; l’obligation d’une action publique locale plus démocratique et plus efficace ; la nécessité de réduire (ou du moins d’optimiser) la dépense publique...