Le « village global » a basculé il y a quelques mois dans un nouvel épisode historique qui éprouve la capacité de l' Homme à produire de la richesse. L' activité économique entrepreneuriale (autrement dénommée l'économie réelle) est encore agitée par les soubresauts de la vie financière (économie virtuelle). Les risques ont été sous-estimés, nous dit-on. Ce fut la faille du système et la contamination se propagea. Quel lien me direz-vous avec le sujet qui nous intéresse dans ce numéro : « Les territoires dans l' Union » ? La mondialisation est devenue consubstantielle à la croissance qui ne peut plus se faire sans elle. Les territoires sont devenus consubstantiels à l'Europe qui ne peut plus se faire sans eux. Gare à celui ou à ceux qui seraient tentés de rendre toxique cette liaison non dangereuse. Pourtant, la décentralisation et la construction européenne ont longtemps été deux mouvements tout à fait indépendants. Encore maintenant, on peut se demander si les préoccupations de l' intégration européenne jouent un rôle dans l' élaboration (en cours 0 de l'acte 111 de la décentralisation. C' est regrettable car ces deux mouvements sont plus que jamais conduits à s' épauler. Evoquer « les territoires dans l' Union », c' est le présage d'un renversement du couple que l'on aimait à dénommer « Europe et Territoires » ou « l'Europe du local ». Ne serions-nous pas passer d'un processus hiérarchique, produit par le haut (l'Europe) pour redescendre vers le bas (les territoires) à un processus horizontal où les territoires sont autant de « contributeurs » à l' Union européenne ? Certes, l' Union européenne produit des normes que les territoires consomment. En rester là ne nous mènera pas très loin. Les territoires ont davantage à gagner en devenant la nouvelle avant-garde de l'Europe : c' est eux qui inventent et créent de nouveaux liens sociaux, de nouveaux espaces favorables à l'économie réelle créatrice de (vraie) valeur. Les territoires créent une « valeur » qui ne s'évalue pas sur le marché mais qui permet aux activités sociales et économiques de se développer. Ils nous empêchent d' être désorientés, de vivre hors de 1' espace et du temps, d' avoir le vertige, le tournis. La question centrale de ces prochaines décennies sera celle de l' identité. D' identité européenne, nous en avons besoin. Les territoires dans l'Union la construisent, une façon d' « aller vers l' idéal en passant par le réel ».