Urbain, rural : Lorsque la ville s'ébroue dans le pré

L’expression d’exode urbain a été formée par opposition à celle d’exode rural. Pendant plus d’un siècle et demi, les campagnes, en France et dans toute l’Europe, s’étaient vidées de leurs habitants. On a alors baptisé d’ « exode rural » cette redistribution de la population à travers le territoire. A l’époque, la plupart des observateurs la déploraient. Avec des arguments variés, mais souvent simplement moraux, on fustigeait « la ville mangeuse d’hommes » et on prônait le « retour à la terre ». Depuis les années 1970, soit depuis une génération et demie, le mouvement s’est inversé. Les villes (en fait, leurs banlieues essentiellement) ne gagnent plus d’habitants que par le jeu du mouvement naturel qui, en France, demeure largement positif. Mais les mouvements migratoires intérieurs se soldent par un bilan nettement en faveur des territoires ruraux, au moins de ceux qui sont proches d’une ville grande ou moyenne. Pourtant, il ne s’agit nullement d’un « retour à la terre » ni même d’un changement réel de mode de vie de ces « néo-ruraux ». Les pouvoirs publics ont été, jusqu’à présent, neutres vis-à-vis de cette tendance. Parfois cependant, ils l’ont encouragée, sans doute involontairement, notamment à travers des politiques de logement favorisant de plus en plus l’accession à la propriété qui, pour la majorité, n’est compatible qu’avec des terrains bon marché, donc loin des villes-centres. Dans un premier temps, on a pu parler de « périurbanisation » à propos de l’urbanisation (en général à faible densité) à la périphérie des agglomérations. Dans un second temps, elle a pris la forme d’implantations d’habitants et de nouveaux logements, et rarement d’activités, en milieu rural : on a alors forgé le néologisme de « rurbanisation » (urbanisation du milieu rural). La notion d’ « exode urbain » réunit périurbanisation et rurbanisation.

Comment s’est réalisé ce renversement de tendances qui semblaient séculaires ? Est-elle une nouvelle étape du développement des banlieues ou est-elle de nature différente ? Qu’est-ce qui l’explique et la facilite ? Quelle en est l’ampleur ? Quelles formes physiques prend elle ? Quelles en sont les conséquences démographiques, sociales, économiques et environnementales ? Si certaines de ses conséquences apparaissent contraires à l’intérêt général, comment peut-on corriger les tendances spontanées ?