En réclamant et en obtenant du gouvernement une « pause » dans le processus de décentralisation, l’Assemblée des départements de France traduit bien l’inquiétude de l’ensemble des collectivités territoriales — confrontées, avec la mise en œuvre de “l’acte II”, à de lourds accroissements de charges entraînant d’inévitables augmentations de la fiscalité locale. Les départements, compte tenu du poids de leurs compétences sociales (mais aussi des charges générées par les nouveaux transferts dans le cadre de “l’acte II”), sont évidemment ici en première ligne — d’autant plus que, sur fond de désengagement tendanciel de l’Etat, ils doivent faire face, avec les villes et les régions, à une pression croissante de la demande sociale. Les présidents de départements n’en ont que plus apprécié l’annonce par le Premier ministre de l’abondement, dans le cadre d’un contrat de gestion de trois ans, du fonds de mobilisation pour l’insertion (1,5 milliard d’euros). Mais si l’Etat semble vouloir ne pas aggraver son contentieux avec les collectivités, cette « pause » en dit long, aussi, sur l’état de délabrement de la décentralisation française. Effets pervers de la « complexité territoriale » (qu’analyse le dossier de ce numéro), déficits de démocratie, fragmentation territoriale, naufrage de la fiscalité locale — mais surtout faiblesse du niveau régional, absence de hiérarchie et de mise en cohérence des politiques : autant de maladies (incurables ?) qui rongent notre système territorial...