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Géo-économie africaine : la recomposition des partenariats à l’épreuve des souverainetés

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La Chaire internationale de la Gouvernance Publique1a consacré l’une de ses dernières rencontres à la géo-économie africaine et à la recomposition des partenariats. Ce thème s’est inscrit dans un moment particulièrement révélateur des transformations contemporaines du continent africain. À travers les regards croisés de Pedro Novo, CEO d’AXIAN Properties et conseiller du commerce extérieur de la France, de Benoît Chervalier, chairman de BCH Invest Group, président d’Africa Business Europe, vice-président Africa du MEDEF et fondateur de la chaireBusiness and Industry in Africade l’ESSEC Business School, et d’Al Hassane O. A. Niang, directeur au sein de GOPA Group mbH et diplômé de l’ISMaPP, il s’est agi d’interroger non pas seulement l’évolution des relations entre l’Afrique, l’Europe, la Chine, les États-Unis ou la Russie, mais plus profondément les conditions dans lesquelles les États africains entendent désormais reprendre la maîtrise de leur trajectoire économique, politique et stratégique.

L’Afrique au centre d’une nouvelle géographie des puissances

L’Afrique n’est plus seulement un espace d’in-fluence. Elle devient un espace de choix, d’arbi-trage, de négociation et de souveraineté. C’est précisément ce déplacement qui impose de renou-veler les catégories d’analyse. La question n’est plus seulement de savoir quels partenaires se positionnent sur le continent, mais de comprendre comment les États africains, les pouvoirs publics, les entreprises, les institutions financières et les diasporas participent à une recomposition d’en-semble des rapports de force.

La séquence actuelle est marquée par plusieurs signaux convergents : retrait ou redéploiement de certaines positions militaires françaises, montée en puissance des financements chinois, affir-mation de puissances intermédiaires comme la Turquie ou les pays du Golfe, réveil des souve-rainetés minières, transformation des politiques d’infrastructures, expansion de banques panafri-caines, réorganisation des corridors logistiques et volonté croissante de transformation locale des ressources. À travers ces mouvements, se dessine une nouvelle économie politique de l’Afrique : plus

consciente d’elle-même, plus attentive à ses dépen-dances, plus exigeante dans ses partenariats.

Une Afrique convoitée, mais encore marginalisée ?

Benoît Chervalier a ouvert la réflexion par une formule volontairement saisissante : l’Afrique est convoitée mais elle reste marginalisée. Cette phrase dit le paradoxe central de la période. Le continent est convoité parce que les sommets, forums et confé-rences se multiplient : rencontres Afrique-France, conférences à Kigali, sommet de Nairobi, formats bilatéraux avec le Japon, la Corée du Sud, la Chine ou d’autres puissances. Le continent est également convoité en raison de ses ressources minières, éner-gétiques, agricoles, démographiques et stratégiques.

Mais, selon Benoît Chervalier, cette convoitise ne se traduit pas encore par une pleine capacité africaine à peser dans la gouvernance mondiale. L’Afrique demeure sous-représentée ou faiblement repré-sentée dans de nombreuses enceintes de décision. Il rappelait ainsi que, dans plusieurs institutions internationales, les pays africains sont souvent dispersés, regroupés dans des « chaises » différentes, ou dotés de droits de vote très limités. Même au sein d’institutions présentées comme relevant du Sud

global, la place réelle du continent reste contrainte. Il évoquait à cet égard l’exemple de la Banque asia-tique d’investissement pour les infrastructures, dix-huit pays africains membres ne détiendraient qu’une part marginale du capital et des droits de vote.

Cette situation nourrit un double diagnostic. D’une part, l’Afrique est devenue indispensable dans les discours stratégiques mondiaux. D’autre part, elle ne dispose pas encore de la capacité institution-nelle, financière et politique correspondant à cette centralité. Le continent est donc appelé, pour Benoît Chervalier, à sortir d’un étau : ne pas être assigné à choisir entre les États-Unis et la Chine, entre les anciennes puissances occidentales et les nouveaux pôles du Sud global, mais défendre ses propres intérêts.

Cette aspiration à la liberté de choix rejoint une définition exigeante de la souveraineté. Pour Benoît Chervalier, ce que l’Afrique attend, c’est précisément la liberté de ses choix.La souveraineté n’est pas l’isolement. Elle n’est pas davantage la prétention à tout faire seul. Elle consiste à identifier ses intérêts vitaux, à maîtriser ses intérêts stratégiques et à éviter les dépendances exclusives. La souveraineté, dans cette perspective, n’est pas fermeture mais diversification.

La réponse africaine : représentation, réaffirmation et volonté de souveraineté

Al Hassane O. A. Niang a nuancé l’idée d’une margi-nalisation africaine en soulignant l’existence d’une volonté de réaffirmation de la part de nombreux États du continent. Selon lui, l’Afrique n’est pas seulement l’objet de stratégies extérieures ; elle commence à formuler plus clairement ses propres demandes de représentation, d’autonomie et de reconnaissance.

Il a rappelé les revendications portées autour d’une meilleure représentation africaine au Conseil de sécurité des Nations unies, ainsi que l’ouverture du G20 à l’Union africaine. À ses yeux, cette évolution traduit une prise de conscience : les sujets africains occupent une place centrale dans les débats internationaux, notamment au Conseil de sécurité, mais cette centralité doit désormais trouver une traduction institutionnelle.

Al Hassane O. A. Niang a également insisté sur la dimension générationnelle de cette transformation. Une jeunesse africaine, plus informée, plus exigeante et moins disposée à accepter les héritages de dépendance du passé, pousse les États à aller vers davantage de souveraineté. Cette dynamique se manifeste dans la manière dont certains pays africains cherchent à redéfinir leurs partenariats, non plus uniquement avec l’Europe ou l’Occident, mais aussi avec le Sud global.

Cette évolution ne signifie pas rupture mécanique avec l’Europe. Elle signifie plutôt que les États afri-cains entendent replacer la relation dans un cadre plus équilibré. La coopération ne peut plus être pensée comme une relation héritée, mais comme un partenariat soumis à l’épreuve de l’utilité, de la réciprocité et de la capacité à produire des effets économiques concrets.

Entre émotion politique et réalité économique : l’appel aux faits

Pedro Novo a proposé une entrée complémentaire, en appelant à distinguer les faits, l’émotion, la poli-tique et la vision. Cette distinction est essentielle. Les relations entre l’Afrique, l’Europe, la Chine, la Russie ou les États-Unis sont souvent prises dans des récits passionnels, dans des narratifs d’influence, de domination, de revanche ou de déclassement. Or, selon lui, il faut revenir à la matérialité des échanges, aux volumes, aux inves-tissements, aux flux commerciaux.

Il a ainsi rappelé le poids considérable de la Chine dans la relation économique avec le continent africain. La Chine apparaît comme l’elephant in the room : acteur massif, structurant, incontournable. Ses exportations vers l’Afrique et ses importa-tions de ressources stratégiques traduisent une relation asymétrique mais centrale. À l’inverse, Pedro Novo a relativisé le poids économique de la Russie. Celle-ci exerce une influence politique, sécuritaire et culturelle dans certains contextes, mais son poids économique demeure, selon lui, sans commune mesure avec celui de la Chine ou de l’Europe.

Cette distinction est décisive : l’influence ne se mesure pas seulement au volume économique, mais l’économie rappelle les limites de certains récits. La Russie peut peser politiquement dans des situations de transition, de fragilité ou de recomposition du pouvoir ; elle n’est pas pour autant un acteur économique majeur à l’échelle du continent. L’Europe, en revanche, conserve une présence économique très importante. Pedro

Novo a rappelé que les échanges entre l’Europe et l’Afrique demeurent massifs, supérieurs à ceux de la Chine dans certains ordres de grandeur évoqués lors du webinaire.

Son propos conduit à refuser deux illusions oppo-sées : celle d’une Europe définitivement effacée du continent africain ; celle d’une Afrique condamnée à subir passivement les stratégies des puissances extérieures. L’Afrique diversifie ses partenaires. Cette diversification est saine. Elle peut même être bénéfique pour les pays africains dès lors qu’elle limite les dépendances destructrices de valeur.

Les infrastructures comme lieux de souveraineté et de compétition

La question des infrastructures occupe une place centrale dans cette recomposition géo-économique. Routes, ports, corridors ferroviaires, réseaux éner-gétiques, infrastructures numériques, plateformes logistiques et projets miniers sont devenus les lieux concrets se rencontrent souveraineté nationale, financement international, diplomatie économique et compétition entre puissances.

Le corridor de Lobito, reliant l’Angola, la République démocratique du Congo et la Zambie, constitue à

cet égard un cas d’école. Benoît Chervalier a montré que ce projet est simultanément présenté comme européen, américain et africain selon les interlocu-teurs et les lieux de discours. À Bruxelles, il peut être lu comme un projet européen ; à Washington, comme un projet américain ; en Afrique, comme un projet dont l’appropriation dépend des États concernés, de leurs autorités politiques, de leurs populations et de leurs intérêts économiques.

Cette pluralité de récits révèle une tension entre la réalité des financements, la communication politique et la perception stratégique. Pour Benoît Chervalier, l’enjeu du corridor de Lobito n’est pas seulement logistique. Il est lié à la transformation locale des matières premières, à la sécurisation des chaînes d’approvisionnement et à la souverai-neté industrielle. Une infrastructure ne doit pas seulement permettre d’extraire et d’exporter des ressources. Elle doit contribuer à créer de la valeur localement, à former des compétences, à organiser des filières et à favoriser une montée en puissance industrielle.

C’est ici que la notion de souveraineté prend tout son sens. La souveraineté ne consiste pas à refuser les partenaires extérieurs, mais à éviter que les infrastructures ne deviennent de simples instruments d’extraction au bénéfice d’intérêts extérieurs. Elle suppose que les États africains puissent inscrire ces projets dans une stratégie nationale et régionale de développement, et non seulement dans les agendas géopolitiques des bailleurs ou des entreprises étrangères.

L’Agenda 2063 et la difficile maîtrise africaine des financements

Al Hassane O. A. Niang a replacé les infrastruc-tures dans le cadre de l’Agenda 2063 de l’Union africaine. Celui-ci fixe un horizon de transfor-mation du continent, notamment en matière d’infrastructures autoroutières, ferroviaires, éner-gétiques et numériques. Des projets comme les axes Dakar-Casablanca, Dakar-Lagos ou certains corridors régionaux s’inscrivent dans cette vision continentale.

Mais la difficulté principale demeure le finance-ment. L’Union africaine peut définir des priorités ; les États doivent ensuite identifier les ressources permettant de les réaliser. Or, c’est précisément à ce niveau que se nouent les dépendances. Les pays capables de venir avec des financements structurés, notamment à travers leurs banques d’exportation, disposent d’un avantage considérable. La Chine, la Turquie ou certains acteurs du Sud global arrivent souvent avec des offres financières plus rapides, plus intégrées et moins conditionnées que les dispositifs européens ou américains.

À l’inverse, les financements occi-dentaux sont fréquemment assortis de conditions plus nombreuses : exigences de gouvernance, critères environnementaux, procédures de passation, normes de transpa-rence, règles de conformité. Ces conditions peuvent être légitimes ; elles peuvent aussi ralentir les projets ou les rendre moins attrac-tifs face à des offres concurrentes plus directes.

Al Hassane O. A. Niang a toutefois souligné l’évolution positive des règles de passation des marchés publics dans plusieurs pays africains, avec la montée en puissance d’autorités autonomes cherchant à garantir transparence et régularité. Cette dynamique est essentielle, car la souveraineté ne saurait être réduite à la capacité de choisir un financeur. Elle suppose aussi des institutions natio-nales robustes, capables d’évaluer, de négocier, de

contrôler et de piloter les projets.

De l’aide au financement de l’investissement : une mutation sémantique et politique

Pedro Novo a insisté sur une évolution majeure : la transition d’une logique d’aide au développe-ment vers une logique de financement de l’inves-tissement. Cette mutation n’est pas seulement lexicale. Elle traduit une transformation profonde du rapport entre bailleurs, États, entreprises et bénéficiaires.

Pendant longtemps, certains acteurs européens ont valorisé l’aide déliée, c’est-à-dire des financements ouverts à des appels d’offres internationaux, sans obligation que les entreprises du pays financeur en bénéficient. Cette approche portait une forme de noblesse fonctionnelle : financer le développement sans imposer directement ses champions natio-naux. Mais Pedro Novo a souligné que cette logique ne correspond plus entièrement aux contraintes contemporaines de compétitivité, d’influence et de rareté financière.

Désormais, les financeurs veulent savoir ce que leurs financements produisent aussi pour eux. La question devient : que reçoit celui qui finance ? Cette interrogation, que Pedro Novo formule dans une logique presque trumpienne du what do I have for my money, transforme les politiques de finance-ment. L’argent est plus rare, plus cher, plus disputé. Les prêteurs demandent davantage de garanties et de retours ; les emprunteurs demandent davantage de valeur, de transfert, de formation, de maîtrise et d’impact.

Dans ce contexte, des instruments africains comme Afreximbank deviennent stratégiques. Ils permettent au continent de ne pas dépendre uniquement des banques d’exportation étran-gères, et de construire progressivement une capa-cité financière propre. Cette capacité reste limitée au regard des besoins, mais elle constitue un levier de souveraineté.

Le rôle structurant de l’Europe : proximité, volume et codéveloppement

L’un des points forts du débat fut de rappeler que l’Europe n’a pas disparu du paysage africain. Pedro Novo a insisté sur la réalité des volumes d’échanges entre l’Europe et l’Afrique. La proxi

mité géographique, les liens historiques, les cadres juridiques parfois proches, les interdépen-dances économiques, les besoins de formation et les possibilités de co-investissement demeurent considérables.

L’Europe dispose d’atouts réels : savoir-faire tech-nique, capacité de formation, normes, institutions financières, entreprises, proximité culturelle et linguistique avec plusieurs pays africains. Mais ces atouts ne suffisent plus s’ils ne sont pas traduits en propositions compétitives, lisibles et rapides.

Le programme Global Gateway de l’Union euro-péenne illustre cette volonté de repositionnement. Il cherche à offrir une réponse européenne aux grands besoins d’infrastructures physiques et numériques. Toutefois, pour être crédible, l’Eu-rope doit accepter de passer d’une posture parfois surplombante à une logique de partenariat straté-gique. Il ne s’agit plus seulement d’accompagner le développement, mais de construire des intérêts communs.

Ces intérêts communs existent. L’Europe a besoin de diversifier ses chaînes d’approvisionnement, de sécuriser certaines matières premières critiques, de construire des partenariats énergétiques et industriels, d’éviter une dépendance excessive à la Chine ou aux États-Unis. Les États africains, de leur côté, ont besoin d’investissements, de techno-logies, de formation, de transformation locale et de marchés. C’est dans cette zone d’intersection que peut se refonder une relation euro-africaine.

Transformation locale, formation et savoir-faire : les conditions matérielles de la souveraineté

La transformation locale des matières premières est revenue à plusieurs reprises comme l’un des cœurs de la souveraineté africaine. Extraire ne suffit plus. Exporter brut ne suffit plus. La valeur doit être davantage captée sur place. Cela vaut pour les minerais stratégiques, mais aussi pour les matières premières agricoles : cacao, anacarde, ressources énergétiques, produits transformables.

Benoît Chervalier a insisté sur le lien entre trans-formation locale et formation. Il ne suffit pas de décréter une stratégie industrielle. Encore faut-il disposer des ingénieurs, techniciens, cadres, opéra-teurs, écoles, dispositifs de formation et savoir-faire nécessaires. La souveraineté productive suppose une souveraineté des compétences.

Ce point est décisif pour les pouvoirs locaux et nationaux. Les infrastructures ne doivent pas être pensées seulement comme des objets physiques. Elles doivent être accompagnées d’écosystèmes : formation professionnelle, institutions de contrôle, chaînes de sous-traitance, accès au crédit, normes, maintenance, ingénierie, recherche appliquée. La souveraineté ne se construit donc pas unique-ment dans les négociations diplomatiques ; elle se construit dans les systèmes éducatifs, les politiques industrielles et les capacités administratives.

Les diasporas comme vecteurs de retour, d’investissement et de responsabilité

La dernière partie du débat a ouvert une perspec-tive essentielle : le rôle des diasporas africaines. Pedro Novo a souligné la montée en puissance d’une diaspora de talent, qui revient, investit, entre-prend, s’engage en politique, participe aux cabinets ministériels, aux administrations, aux entreprises et aux stratégies nationales de transformation.

Cette diaspora est souvent issue de mobilités multi-ples : études, migrations économiques, trajectoires familiales, exils politiques ou professionnels. Pendant longtemps, les économies développées absorbaient durablement ces talents. Aujourd’hui, dans plusieurs pays africains, une partie de cette génération revient ou se réengage. Elle le fait par volonté de sens, par opportunité économique, par attachement national, mais aussi parce que les économies occidentales apparaissent parfois moins ouvertes, moins dynamiques ou moins promet-teuses qu’elles ne l’étaient dans les imaginaires.

Pedro Novo a cité des pays comme le Rwanda, le Bénin ou le Sénégal pour illustrer cette dynamique. Le retour de compétences, combiné aux talents locaux, produit des équipes publiques et privées particulièrement efficaces. Il ne s’agit pas d’opposer diaspora et acteurs locaux, mais de comprendre que leur combinaison peut devenir un facteur d’accélération.

La diaspora peut jouer plusieurs rôles : canal d’investissement, relais de confiance, médiateur culturel, expert technique, entrepreneur, respon-sable public, investisseur patient, passeur institu-tionnel. Dans une nouvelle diplomatie du finance-ment, elle peut contribuer à rapprocher les marchés de capitaux européens et africains, à structurer des projets, à améliorer la compréhension mutuelle des risques et à bâtir des partenariats plus équilibrés.

Vers une diplomatie des intérêts communs

La recomposition des partenariats africains ne peut être comprise comme un simple basculement d’influence d’un acteur vers un autre. Elle est plus profonde. Elle traduit l’émergence d’un continent qui entend négocier, diversifier, sélectionner et maîtriser davantage ses alliances.

Benoît Chervalier a mis en évidence le paradoxe d’une Afrique convoitée mais encore marginalisée dans la gouvernance mondiale. Al Hassane O. A. Niang a rappelé la montée d’une volonté africaine

de représentation, de souveraineté et de rééqui-librage. Pedro Novo a appelé à dépasser les récits émotionnels pour revenir aux faits, aux volumes, aux financements et à la réalité des intérêts.

De ces trois approches se dégage une même convic-tion : l’avenir des relations entre l’Afrique, l’Europe et le reste du monde ne pourra plus reposer sur des héritages implicites. Il devra se construire sur des projets, des financements, des infrastructures, des compétences, des institutions et des intérêts communs explicitement assumés.

Pour l’Europe et la France, l’enjeu est clair : elles ne peuvent plus se contenter d’une proximité historique, linguistique ou géographique. Elles doivent formuler une proposition économique, financière et industrielle crédible, compétitive et respectueuse de la souveraineté africaine. Pour les États africains, le défi est tout aussi exigeant : transformer la diversification des partenaires en véritable autonomie stratégique, éviter les nouvelles dépendances, renforcer les capacités internes et faire des infrastructures non pas des outils d’extraction, mais des leviers de développe-ment souverain.

La géo-économie africaine entre ainsi dans une phase nouvelle. Elle n’est plus seulement le théâtre d’une compétition entre puissances. Elle devient le lieu d’une question plus fondamentale : comment un continent longtemps assigné à la périphérie peut-il faire de sa centralité nouvelle une capa-cité durable de décision, de transformation et de puissance ?

 

 

1 La Chaire internationale de la Gouvernance publique (CIGP) est un espace ressources qui  favorise les échanges entre dirigeants et cadres du secteur public, de la sphère économique et du monde universitaire. La CIGP est parrainée par le Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et a établi un partenariat avec ScPo-Rennes.