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No131
Construire plutôt qu'attendre

À chaque échelle, la même question revient : qui a la capacité d’agir, et qui se contente d’attendre que d’autres décident pour lui ? La subsidiarité en offre l’exemple le plus emblématique. Inscrite dans la Constitution depuis 2003, célébrée dans tous les colloques, elle n’a presque jamais été vécue : la France a proclamé un principe pour s’épargner, dans les faits, de le construire vraiment. L’obstacle, in fine, n’est ni juridique, ni financier : il est culturel. Jean-Pierre Balligand pose, lui, la concorde non comme un état acquis mais comme un travail permanent, une pratique qu’il faut sans cesse remettre à l’ouvrage plutôt qu’une harmonie que l’on décréterait une fois pour toutes.

Cette tension entre proclamation et construction traverse aussi nos pages internationales. Les États africains que décrit Xavier Poulet-Goffard ne réclament pas l’assistance : ils réclament la liberté de choisir leurs partenaires et de construire eux-mêmes leur trajectoire, plutôt que d’être l’objet des stratégies d’autrui. Le financement de l’intérêt général par la philanthropie pose la question en miroir : quand la puissance publique n’a plus les moyens de bâtir seule, qui prend le relais, et à quelles conditions démocratiques ?

La contribution sur la dislocation du réel pousse la même logique jusqu’à son terme philosophique. Le monde commun ne se restaure pas en pleurant les grands récits perdus ; il se reconstruit, par petites touches, dans les tiers-lieux, les centres de santé de proximité, les gestes ordinaires de présence. « Le réel n’est pas à sauver, il est à négocier », pour citer Isabelle Stengers. Quant à la science, elle éclaire la décision publique mais ne peut s’y substituer : gouverner reste un acte qu’aucune expertise ne saurait construire à notre place.

Ainsi va ce numéro : ni résigné, ni naïvement optimiste, mais habité d’une exigence simple — à chacun, à son échelle, de construire ce qu’il a envie de voir exister.

Ils-elles font (ont fait) la décentralisation
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