L’hypothèse selon laquelle la décentralisation peut n’être qu’une forme déguisée de déconcentration n’a rien de nécessairement chimérique, c’est le premier enseignement que retient Jacques Caillosse. Les ambiguïtés entretenues par la réforme de l’État d’une part, les incertitudes que fait apparaître la confrontation entre sciences du droit et du politique d’autre part, sont autant d’éléments susceptibles de donner un certain crédit à cette problématique. Reste à savoir si cette dernière trouve explication dans le fait qu’en France la politique dite de décentralisation continue de priver, du moins pour l’essentiel, les collectivités territoriales d’un véritable pouvoir normatif. Dès lors, il s’agit de s’interroger sur un certain état, sur une certaine structure de l’administration territoriale en France aujourd’hui, et non de se projeter dans un monde ou un territoire idéal, en imaginant ce que pourrait ou devrait être la décentralisation. Rien n’interdit de la vouloir plus étendue et plus profonde et de déplorer, de ce fait, le manque d’audace des politiques qui la constituent. Mais ces sentiments-là ne disent rien de la notion de décentralisation. Ils permettent seulement de se prononcer sur son régime, à un moment donné. Or, notre tâche est ailleurs : elle consiste à reconnaître le seuil à partir duquel un système d’administration territoriale cesse d’être centralisé pour devenir décentralisé. Bref, il ne s’agit pas de juger le contenu ou l’intensité de la décentralisation, mais d’en décrire la forme. Ainsi inscrite sur ce registre méthodologique qui me semble être le sien, la question portée par le titre trouve réponse. Et celle-ci ne peut qu’être négative. Deux séries d’arguments viendront soutenir cette thèse, les premiers sont tirés de la théorie juridique, les seconds de l’état du droit positif effectivement applicable à la décentralisation.