A-t-on encore les moyens de fabriquer des imaginaires en toute liberté ?
À force d’invoquer la « panne de récit », la société contemporaine semble avoir épuisé le sens même du mot « imaginaire ». Tout le monde en parle — entreprises, politiques, communicants — mais peu savent encore le fabriquer. Dans un monde où la forme l’emporte sur le fond, où la communication tient lieu de vision, Jérémie Peltier s’interroge : avons-nous encore les moyens de produire des imaginaires libres, sincères et collectifs ? Il montre combien la fabrique du sens se heurte aujourd’hui à quatre obstacles majeurs — notre rapport conflictuel au réel, la peur de penser librement, la dérive marketing des récits et le triomphe du narcissisme individuel. Derrière cette analyse, une conviction s’impose : retrouver la capacité d’imaginer ensemble, c’est peut-être la condition première pour réapprendre à faire société.
Ce n’est pas une raison parce que rien ne marche droit pour que tout aille de travers.
Pierre Dac
L’imaginaire met des robes longues à nos idées courtes.
L’acteur et humoriste Sim aurait fait un excellent responsable de la communication d’une grande entreprise ou d’une grande collectivité territoriale pour justifier le budget conséquent qu’il s’apprête à demander à sa hiérarchie afin d’avoir les moyens de bâtir le nouveau récit d’avenir susceptible de les projeter dans les cinquante prochaines années (moyens qui se traduiront, cela va sans dire, par le financement d’un nouveau logo, de moult affiches dans les rues et pléthore de visuels sur les réseaux sociaux validés à l’issue de quantité de brainstorming, points d’étape et visioconférences).
« Il faut absolument changer de récit pour être en phase avec l’époque » dit-on souvent avec une pointe d’inquiétude dans de nombreux Comex où beaucoup d’énergie est en effet déployée afin de…