« Le pouvoir n’est plus le lieu d’un imaginaire partagé, mais le théâtre de réalités concurrentes. »
Entretien avec Robert Zarader, docteur en économie, co-fondateur de l’institut Bona Fidé et Dorian Dreuil, directeur d’études – Bona Fidé
Pouvoirs Locaux : Vous avez souvent affirmé que gouverner, c’est d’abord donner du sens. Or, dans le climat politique actuel, cette affirmation paraît presque paradoxale. Est-ce que, selon vous, la crise que nous traversons est avant tout une crise de l’imaginaire public ?
Robert Zarader : Oui, incontestablement. Si gouverner, c’est donner du sens, alors nous vivons aujourd’hui une période où le politique produit, au contraire, du non-sens. Et il le fait de manière systémique, presque industrielle. Le non-sens n’est plus une anomalie, il est devenu la grammaire du pouvoir. Ce que nous fabriquons désormais, c’est un imaginaire dérégulé, sans cohérence, où l’action publique se dissout dans la communication ou l’émotion du moment. On ne pouvait pas imaginer une situation aussi inversée : une politique qui ne parvient plus à incarner un…