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Imaginer, agir : la double respiration du réel

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Imaginer, c’est ouvrir la voie. Agir, c’est l’emprunter.

Entre les deux, se construit la vitalité des territoires — ce mélange de rêves partagés, d’histoires locales et de contraintes bien réelles. Ce numéro explore cette tension, non pour la résoudre, mais pour en faire un moteur de pensée : penser l’action sans étouffer l’imaginaire, et imaginer sans se couper du réel.

Ouvrir un espace d’imagination, ce n’est pas fuir le réel, c’est le travailler autrement.

Xavier Pavie le rappelle : toute innovation commence par une capacité à imaginer le possible, avant même de chercher à le contrôler. Imaginer, c’est oser un monde qui n’existe pas encore, accepter le vertige de l’incertain.

Dans la même veine, Jérémie Peltier, Robert Zarader et Jean-Luc Gleyze explorent les imaginaires locaux1 , ces récits que tissent les habitants, les élus, les artistes, et qui orientent la manière dont un territoire se pense et se projette. Une fête, une place publique, une légende, un projet urbain — autant de façons d’habiter le monde avant même de le transformer.

Mais l’imaginaire n’a de portée que s’il trouve pris dans le geste. Philippe Laurent, Jean-Louis Héno, Bernadette Malgorn, Guillaume Tinlot et François Écalle2 nous entraînent sur le terrain de l’action publique, là où les décisions, petites ou grandes, engagent un futur commun. Agir, ici, ne revient pas à exécuter un plan : c’est prendre position entre plusieurs visions du monde. C’est reconnaître que chaque choix, chaque arbitrage, est aussi une forme de récit sur ce que nous voulons faire advenir.

En confrontant ces deux dimensions, ce numéro pose une question : comment agir sans trahir ce que l’on a imaginé ? Et inversement : comment imaginer sous contrainte ?

Peut-être faut-il apprendre à tenir les deux à la fois. C’est là que se joue la fécondité du présent : dans l’oscillation entre ce que nous voulons imaginer et ce que nous devons assumer, entre la promesse et le pas concret, entre la carte et le terrain.

Ce numéro n’apporte pas de recette, mais trace une exigence : inventer des cohérences vivantes. Celles où l’action ne clôt pas les possibles, mais les ouvre autrement. Celles où l’imaginaire n’est pas un luxe, mais une condition d’engagement.

Dans les temps que nous traversons, cette alliance de la projection et du geste précis n’est pas un confort : c’est sans doute une nécessité.

Notes

  • 1 Ce dossier a été réalisé en écho à la 1ère édition des Rencontres des imaginaires locaux pilotée par Thierry Germain et accueillie par l’agglomération de Cergy-Pontoise et la Fondation Jean Jaurès. En savoir plus sur : www.jean-jaures.org/publication/les-imaginaires-locaux/

  • 2 Ces auteurs sont réunis dans la rubrique « Finances et gestion publiques » autour du thème : les décisions à arbitrer en matière de finances locales, de fonction publique territoriale et de répartition des compétences.